Le Parlement 2019-2023 – représentatif de la jeunesse ?

 

2019 a été une année politique pour les jeunes. Nombre d’entre eux et nombre d’entre elles se sont mobilisé-e-s lors des grèves pour le climat qui ont rythmé l’année, mais ils et elles ont également été appelé-e-s à élire le nouveau Parlement en octobre, certain-e-s y ayant même fait leur entrée. Rajeuni et féminisé, celui-ci reste toutefois encore peu représentatif de la population. Quelle place pour les jeunes dans la législature 2019-2023 ?

 

Des changements importants ont marqué les dernières élections fédérales. Autant le Conseil national que le Conseil des Etats se sont rajeunis et féminisés. Le nombre de parlementaires de moins de 30 ans au sein de l’Assemblée fédérale a presque doublé depuis 2015 et la proportion de femmes élues a augmenté de 9,3 %.

C’est la première fois dans son histoire que la Chambre du peuple est aussi jeune : la moyenne d'âge pour cette législature est passée à 49 ans contre 50,3 ans lors de la précédente. Andri Silberschmidt (PLR/ZH) et Léonore Porchet (PS/VD) sont les benjamin-e-s suisse-allemand et romande de la nouvelle Assemblée fédérale. A 25 ans, le premier est le plus jeune conseiller national de l'histoire. A 30 ans, la seconde incarne à la fois la jeunesse et la percée historique des femmes à la Chambre basse, qui, avec 84 élues, occupent désormais 42 % des sièges, soit 20 sièges de plus qu'en 2015. Avec seulement cinq parlementaires de moins de quarante ans, le Conseil des Etats compte en revanche beaucoup moins de jeunes parmi ses rangs. Les femmes restent également sous-représentées au sein de la Chambre haute, y occupant seulement 26,1 % des sièges. Le rajeunissement de l’Assemblée fédérale s’explique en partie par le succès des Verts et des Vert'libéraux, les premiers ayant la moyenne d'âge la plus basse du National (44,8 ans).

 

Une représentativité toute relative

La représentativité du nouveau Parlement est cependant à relativiser. Les femmes et les jeunes restent les moins bien représenté-e-s : avec seulement sept parlementaires de moins de 30 ans, il manque 44 parlementaires pour représenter statistiquement cette classe d’âge. Il n’y a également qu’un seul parlementaire de plus de 69 ans alors que 37 sièges devraient être occupés par des représentant-e-s de cette tranche de la population. La classe 50-69 ans comporte en revanche presque une centaine de représentant-e-s de trop. Les candidat-e-s marié-e-s, considéré-e-s plus prometteur-se-s, sont plus facilement mis-e-s en avant lors des élections, analyse la politologue Sarah Bütikofer de l’Université de Zurich, ce qui défavorise d’emblée les jeunes.

Le Conseil national laisse par ailleurs toujours moins de place aux néophytes selon l’Observatoire des élites suisses de l’Université de Lausanne : presque tou-te-s les élu-e-s ont déjà occupé un mandat électif, au niveau communal ou cantonal. Le niveau de formation des parlementaires est très élevé, la plupart ayant une formation professionnelle supérieure et 67,1 % détenant un diplôme universitaire. Cette évolution du profil des parlementaires soulève la question de l’accessibilité de ce mandat représentatif, notamment pour les plus jeunes.

« Être totalement représentatif est une utopie » selon le politologue Andrea Pilotti, qui rappelle que le Parlement n’est jamais un miroir de la société. Les chercheurs de l’Université de Lausanne analysent cependant que « le Parlement fédéral est loin d’aboutir à une identité gouvernant-e-s-gouverné-e-s attendue à travers l’idéal du système de milice. » Un Parlement diversifié présenterait néanmoins l’avantage de jouir d’une meilleure légitimité en tant qu'institution et verrait ainsi ses décisions moins contestées par des instruments de démocratie directe, selon Sarah Bütikofer. Les évolutions actuelles de l’activité représentative, davantage tournée vers une pratique professionnelle de la politique, éloignent de plus en plus le Parlement fédéral du traditionnel « parlement de milice » et interroge sur les possibilités d’engagement pour les jeunes.

 

Une meilleure représentation des intérêts des jeunes ?

On peut questionner sur les changements que provoque cette redistribution des cartes : une meilleure représentativité implique-t-elle une meilleure représentation des intérêts des jeunes ? Si les élu-e-s sous la Coupole sont en moyenne un peu plus jeunes, le traitement des questions relatives à la jeunesse ne dépend pas uniquement de leur âge mais également de l’intérêt porté à certaines thématiques la concernant, relevant notamment de l’affiliation à un parti ou de la sensibilité d’un-e parlementaire. L’âge des élu-e-s peut toutefois influencer les problématiques traitées par le législatif : « les jeunes politicien-ne-s ont plus de chances de présenter des initiatives politiques en matière de numérisation, de changement climatique ou de questions socio-politiques », estime Sarah Bütikofer.

La notion de représentativité soulève un questionnement plus global au vu du taux d’abstention qui s’est élevé à 45,1 % lors des dernières élections. Le phénomène, touchant tout particulièrement les jeunes, marque une baisse de la participation à ce scrutin pour la première fois depuis 1995. La moitié des électeur-trice-s inscrit-e-s s’étant abstenue, seuls 37,5% des votant-e-s sont représenté-e-s. Les résident-e-s étranger-ère-s, qui représentent pourtant un quart de la population suisse, sont d’emblée écarté-e-s du processus, ne bénéficiant pas du droit de vote. Ces calculs portent donc à 20 % le taux de Suisse-sse-s effectivement représenté-e-s au sein de l’Assemblée fédérale. Les mineur-e-s ne sont pas non plus représenté-e-s par eux et elles-mêmes alors qu’ils et elles constituent quasiment 20% de la population.

L’objectif de la FSPJ est d’encourager la représentation mais plus largement la participation des jeunes à travers diverses offres. Les parlements de jeunes permettent aux 12-30 ans de vivre pleinement la politique au sein d’une institution représentative et de formuler des revendications concrètes. Les brochures et vidéos explicatives easyvote rendent accessibles aux jeunes les enjeux des votations et les élections fédérales afin d’aider ceux-ci et celles-ci à se rendre aux urnes. La plateforme en ligne engage.ch permet aux jeunes de soumettre leurs idées et leurs souhaits sur des thèmes locaux, régionaux et nationaux, qui seront relayés sur la scène politique nationale par de jeunes conseiller-ère-s nationa-ux-les et aux États à travers la campagne nationale « Change la Suisse ! ».

 

En conclusion : du sang neuf à l’Assemblée fédérale, oui, mais pas seulement. La représentativité est un des indicateurs de l’intérêt des jeunes pour la politique, mais l’engagement de celles et ceux-ci doit continuer à être renforcé.

 


Texte de Jeanne Durafour, 28.01.2020

 

Sources

21.10.19 Fédérales: avec une moyenne d'âge de 49 ans, c'est le plus jeune National. AGEFI

Tableau « Part des femmes au niveau fédéral, cantonal et communal 2015/2018/2019 ». Femmes et élections. OFS/Statistique des élections.

Adrien Tombez. 21.10.19. Percée historique des femmes au Conseil national. RTS.

Andrea Pilotti, Karim Lasseb, Robert di Capua. 02.12.19. Le profil socio-professionnel du nouveau Parlement fédéral. Observatoire des élites suisses de l’Université de Lausanne.

Tableau « Evolution de la participation » Participation aux élections. OFS/Statistique des élections au Conseil national.

Tableau « Population résidante permanente selon la catégorie de nationalité, l'âge et le canton, 3e trimestre 2019 ». Population. OFS

Jacques Neirynck. 11.12.19.Le parlement fédéral représente-t-il la population ?  24Heures.

Jasmin Odermatt.22.10.2018. Comportement sélectif des jeunes adultes aux urnes. FSPJ.

Stephanie Hess. 26.08.19. Une vague féminine à la conquête du parlement suisse. Swissinfo.

Felix Michel, Angelo Zehr, Julian Schmidli. 27.08.19. Le Parlement, miroir infidèle de la population.RTS.

Valérie Hauert. 23.10.19. Davantage d'universitaires et moins de néophytes dans le nouveau Parlement. RTS.