Système de milice suisse : sur la voie de la guérison ?

 

Manque de relève pour les fonctions de milice à pourvoir, sous-représentation des femmes et des jeunes adultes ou encore fusion des communes : tous ces facteurs sont le signe d’un système de milice suisse qui s’érode. C’est pourquoi l’Association des Communes Suisses ACS a déclaré l’année 2019 « Année du travail de milice ». Pourquoi le système de milice est-il aussi important pour l’État en Suisse ? Nous dressons un bilan à mi-parcours de l’« année du travail de milice » et présentons un aperçu des événements prévus pour le deuxième semestre, dont font partie la Soirée Politique et le congrès sur le système de milice organisés par la Fédération Suisse des Parlements des Jeunes FSPJ, qui visent à mettre l’accent sur le point de vue de la relève potentielle.

 

En Suisse, le système de milice constitue un pilier du système politique. Non seulement il permet aux citoyen-ne-s de notre pays de s’engager activement en politique, mais il favorise aussi largement la cohésion sociale. Cependant, le système de milice suisse traverse une crise. Au niveau communal en particulier, il devient de plus en plus difficile de trouver le personnel adéquat pour occuper les fonctions de milice vacantes. Les raisons à l’origine de ce problème sont multiples : la baisse de la participation politique, une marge de manœuvre toujours plus restreinte, le manque de reconnaissance et la disparition des médias locaux et régionaux.

Un élément particulièrement marquant est le manque de relève pour les fonctions de milice politique chez les jeunes adultes. Ainsi, selon une étude récente, seules 8 % des personnes engagées bénévolement dans l’exécutif communal ont moins de 40 ans en Suisse (Freitag, Bundi, Flick Witzig, 2019, 71).

 

L’ « année du travail de milice » pour lancer les débats

L’ACS s’est donc emparée de ce problème et a déclaré l’année 2019 « Année du travail de milice ». L’objectif de l’ACS est d’ainsi encourager les réformes visant à renforcer et à développer le système de milice. Tout au long de l’année, le sujet est donc abordé sous différents angles. L’ACS a déjà organisé plusieurs événements autour de ce thème. Le 26 février, à l’occasion du concours d’idées « Système de milice 2030 durable », dix idées novatrices ont été présentées pour rajeunir le système de milice, parmi lesquelles deux par la FSPJ. Le 23 mai, l’ACS a saisi l’opportunité d’un séminaire d’été pour réunir des représentant-e-s des communes ainsi que différent-e-s acteur-rice-s des domaines économique, scientifique et politique pour un débat sur le système de milice suisse. Par ailleurs, l’ACS s’engage aussi au niveau de l’éducation civique : elle a publié en mai le petit livre pour enfants « Ma commune, mon chez-moi ».

Du côté de la politique, on s’empare également du sujet tous partis confondus (voir p. ex. le postulat de Nadine Masshardt « Mesures pour garantir l’avenir du système de milice »). Enfin, la recherche s’est aussi penchée sur le sujet. Par exemple, dans le cadre de son projet PROMO 35 mené au début de l’année 2019, la Haute École technique et économique (HTW) de Coire a présenté aux communes 80 propositions de mesures pour remédier au problème du manque de relève dans le système de milice.

 

Zoom sur le point de vue de la relève

La deuxième partie de l’« année du système de milice » réserve encore quelques événements intéressants. Mi-novembre, l’ACS et l’Union des villes suisses organisent le congrès annuel sur le sujet « Engagement bénévole dans les villes et les communes. Idées relatives à la collaboration de la politique, de la milice, des pouvoirs publics et de la société civile ». Début décembre, ce sont les femmes dans le système de milice qui seront au centre des débats lors de l’événement « Frauen und Milizarbeit » en présence de la Conseillère fédérale Viola Amherd.

Cette année, la FSPJ s’intéresse, elle aussi, à la problématique du manque de relève dans le système de milice. Par exemple, le site www.politiquedemilice.ch montre aux jeunes adultes diverses voies pour s’engager dans la politique de milice. Avec la formation de direction « jeunesse + politique », le domaine youpa transmet aux jeunes adultes les compétences nécessaires pour l’exercice d’une fonction de milice. Du point de vue thématique, la FSPJ souhaite donc mettre l’accent sur celles et ceux qu’il s’agit de recruter. Les précédents débats se sont trop souvent focalisés sur le point de vue des institutions et organisations du système de milice et trop peu sur celui des personnes qui s’engagent dans ce système. Avec ses plus de 1500 membres issu-e-s de parlements et conseils des jeunes ainsi que son réseau étendu de jeunes engagé-e-s, la FSPJ dispose d’un accès privilégié aux candidat-e-s potentiel-le-s à une fonction de milice. C’est précisément ce potentiel que la FSPJ souhaite exploiter au cours du débat sur le système de milice.

 

Rajeunir le système de milice grâce à la relève et aux outils numériques

C’est pour cette raison que la FSPJ organise début novembre 2019 une Soirée Politique, où les jeunes politicien-ne-s et parlementaires auront l’opportunité d’échanger sur l’avenir du système de milice. Ils et elles pourront formuler des idées et propositions pour rendre le système de milice plus attractif pour les jeunes adultes. Une attention particulière sera portée à l’introduction d’outils numériques dans le système de milice afin de répondre à la mobilité des jeunes.

Les propositions élaborées en commun à la Soirée Politique feront ensuite l’objet de discussions entre les jeunes et différent-e-s acteur-rice-s de la science, de la politique, des ONG et du journalisme, lors d’un congrès le 28 novembre 2019. Ce congrès devrait également se pencher sur la façon d’accroître la relève pour le système de milice et sur le rôle que pourraient jouer les outils numériques dans la politique de milice au quotidien. La FSPJ offre ainsi à la jeune génération une plateforme pour discuter avec des expert-e-s de leurs idées innovantes et prometteuses.


Texte de Fabio Peter et Jasmin Odermatt, 24.06.2019