Petite visite guidée dans la jungle de la participation

 « La participation des jeunes à la vie politique est importante et devrait être encouragée. » Voilà une opinion que l’on entend bien souvent dans une démocratie fière et en Suisse. Mais que signifie exactement « encourager la participation politique des jeunes » ? Chacun comprend par là quelque chose d’autre, car il n’existe pas une seule définition ou un seul modèle clair qui en saisisse l’objectif de manière précise. Cet article vise à éclaircir un peu la situation. 

C’est un dimanche de scrutin. Vous vous rendez au local de vote afin de voter. Bien sûr, vous n’en faites pas un secret, car cela pourrait attirer des soupçons. Cela ne change cependant rien, car vous ne pouvez pas donner votre voix à différents partis, mais devez uniquement confirmer une proposition de vote avec une majorité claire.

Il est évident pour tout le monde que participer à de telles élections ne peut être compté comme participer à la vie politique.Il est tout aussi clair qu’une telle pseudo-participation engendrera un sentiment d’étrangeté plutôt qu’un sentiment d’identification au système politique.Pourtant, en RDA, c’est ce qui était appelé « participer à une élection ». La population disait simplement qu’il s’agissait d’un « Zettelfalten » (de « plier le papier »).

Définition de la participation politique

De nos jours également, il existe un grand nombre d’offres pseudo-participatives, en particulier destinées aux jeunes. Des politicien-ne-s rencontrent des jeunes et se montrent intéressés par leurs idées. En réalité, il s’agit malheureusement souvent d’un exercice alibi dont le seul résultat est une photo du conseil communal avec les jeunes.

Mais alors qu’est-ce que la participation politique ? Comment la définir ? Au vu du peu de travaux de recherche existant sur la question, la FSPJ, en tant que centre de compétences neutre pour la participation politique, a empoigné ce sujet et a élaboré des modèles sur la base de sa longue expérience dans le domaine. Le système politique suisse, fonctionnant en démocratie directe et sous une forme de milice, dépend justement des connaissances existant dans ce domaine, aussi dans le but d’assurer l'encouragement à la relève politique grâce à des offres participatives.

La FSPJ définit donc la participation des jeunes à la vie politique comme une forme de participation collective qui implique les jeunes dans des processus de planification et de prise de décision. La participation à la vie politique diffère de la participation individuelle (p. ex. le droit d'être entendu qu'ont les enfants lors du divorce de leurs parents) ou de la participation collective à la vie sociale (p. ex. l'engagement au sein des scouts).

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Formes de participation politique

Les offres de participation peuvent être classées en fonction de six formes de participation et de la liberté qu’elles accordent concernant la période, le sujet et la méthode. Un parlement des jeunes, par exemple, est une organisation permanente au sein de laquelle les jeunes décident eux-mêmes des moyens qu’ils vont mettre en œuvre pour des sujets qui les intéressent. Il s’agit ainsi d’une offre de participation structurelle.

Une motion des jeunes, par contre, détermine la méthode et représente dès lors une forme de participation instrumentale. easyvote, pour sa part, soutient la participation à des offres existantes pour lesquelles la période, le sujet et la méthode sont fixés, et représente ainsi une offre de participation de soutien.

Le tableau suivant donne un aperçu des différentes formes de participation qui existent.

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Critères de qualité des offres participatives

Les offres participatives n’offrent pas toutes la même qualité. L’évaluation de cette qualité est de plus en plus souvent réalisée au moyen de l’échelle de participation citoyennedatant de 1969 de Sherry Arnstein. Cette échelle va du niveau de « manipulation » à celui de « contrôle citoyen ». La FSPJ a élaboré son propre modèle afin d'illustrer différents critères de qualité. Une offre participative est ainsi évaluée sur la base de cinq questions : dans quelles phases du processus politique l’offre s’inscrit-elle ? À quel point l’offre est-elle institutionnalisée ? Quels effets l’offre déploie-t-elle (quel est son impact) ? L’offre est-elle conçue selon une procédure adaptée aux jeunes ? L’offre permet-elle à un maximum de personnes de participer ?

Le résultat est présenté sous la forme d’un diagramme en radar : plus les zones du cercle sont remplies, plus l’offre répond à une forme de participation des jeunes en politique correspondant à l’idéal de la FSPJ. En pratique, une seule offre ne peut que difficilement remplir tous les critères. Il est dès lors important de se concentrer sur certains critères. L’objectif devrait ainsi consister à proposer une variété d’offres se complétant afin qu'elles remplissent un maximum de critères.

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Besoin de participation à la vie politique

Tout cela, c’est bien joli, mais ça ne sert pas à grand-chose si les offres proposées ne sont pas demandées par les jeunes. Certains projets ont de la peine à trouver des participant-e-s alors que d’autres croulent sous les demandes de participation : environ 100 jeunes se rendent à chaque édition des « Sessionen des Jugendparlaments SG/AI/AR », qui ont lieu deux fois par année alors que la « junge freie Liste Wünnewil-Flamatt » obtient d’excellents résultats aux élections et représente ainsi près d’un cinquième des membres du parlement.

Différentes études montrent également la nécessité d’une plus grande participation. Ainsi, un quart à la moitié des jeunes (en fonction de l’échelon fédéral) interrogés dans le sondage Scoop-It 2014 et dans le Monitorage politique easyvote 2016 avouent vouloir participer davantage. Les jeunes demandent à pouvoir plus participer à la vie politique, mais encore faut-il que les formes de participation leur correspondent suffisamment. Toutes les offres ne s’adressent pas à tous les jeunes : certains préfèrent s’engager au sein de structures fixes alors que d’autres prêtent plus volontiers main forte à des organisations qui visent à élaborer des projets ou qui sont axées sur l’utilisation du numérique.

La FSPJ met sans cesse en place de nouvelles offres afin de répondre à ces différents besoins. De plus, elle conseille et soutient les communes dans l'encouragement de la participation des jeunes à la politique. Informations supplémentaires sur www.fspj.ch.


Tribune de  Jonas Hirschi , collaborateur scientifique de la Fédération Suisse des Parlements des Jeunes dans « in-comune.ch, un projet de l’Association des Communes Suisses », 19.03.2018

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